Maman Gandhi punk

 

Graff Gandhi punk Saint-Leu (c) IK

25 ans après, je retrouve une amie de lycée. 
On est aujourd'hui toutes les deux mamans. 
Un graff d’un Gandhi punk semble résumer nos vies.

Les enfants jouent au salon. Ils se connaissent depuis quelques heures et semblent déjà s’entendre. La magie de l’enfance. Ça ne s’embarrasse pas de précautions, de mots mesurés, de minauderies, l’enfance. Ça écoute ses intuitions. Ça enclenche le radar à bienveillance et ça se laisse porter par la vie.
À l’étage, on évacue l’embarras des retrouvailles à coups de grosses gouttes de sueur. On appuie de toutes nos forces à tour de rôle sur le gonfleur et on y croit. On va y arriver ! On va finir par le gonfler ce matelas !

Je ne sais pas si elle se dit la même chose que moi. Une défi silencieux dope mes muscles endoloris : si je gonfle ce matelas, ma vie retrouvera la légèreté de l’adolescence. Ni Dieu ni maître. Never mind the bollocks. J’ai 16 ans et je suis immortelle.
25 ans qu’on ne s’est pas vues. Les amitiés sincères se jouent du temps et de la distance. Autour d’un verre de vin, on refait le monde et la pulsion de vie, l’anticonformisme de nos années lycée semblent avoir su résister à la maternité, aux tempêtes, aux chagrins. L’étincelle malicieuse maquille toujours nos yeux. L’envie de créer, d’aider, d’aimer, parfume toujours nos cœurs.

Never mind

the chakras

Le lendemain, attablées face à l’océan Indien qui accueillait jadis nos cris adolescents, on s’inquiète un peu trop pour nos enfants rieurs. Et nos regards se posent sur un graff. Face à nous, un Gandhi punk semble résumer nos vies. Nos garçons s’étonnent de nos éclats de rire.
– Tu vois, ce dessin, c’est un Gandhi punk et il nous ressemble. Gandhi, c’est un homme qui s’est battu pour la justice et la paix. Et les punks … ben … les punks ce sont des gens qui aiment la liberté et qui rejettent les règles inutiles. Nous, quand on était jeunes on était punk. Et maintenant… ben maintenant on ressemble un peu plus à Gandhi : on cherche la justice et la paix.
Mon fils semble convaincu par l’explication. Moi, un peu moins.
« Vis comme si tu devais mourir demain. Apprend comme si tu devais vivre toujours. » J’ai forcément mis un pouce un jour sur ce panneau Facebook signé Gandhi, en bonne quadra philosophe de clavier. Il n’empêche que je me sens toujours l’index vigoureux. Celui des indomptables. Never mind the chakras.

Isabelle Kichenin
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isabellekichenin
Ancienne journaliste, consultante en communication culturelle, tricoteuse de mots. Ile de La Réunion
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