Languet’ ça !

Créée à La Réunion dans le cadre du festival Total Danse, la dernière performance de la Sud-Africaine Robyn Orlin colle des papillons dans le ventre. Drôlement subversif, poétique, politique, émouvant, déroutant, le duo de solos d’ Elisabeth Bakambamba Twanbe et Éric Languet provoque une tornade d’émotions. Un double effet papillon salvateur en ces temps moroses.

eric languet

Chiant, la danse ? Ça dépend laquelle. Celle-là relèverait plus de la performance punk. Un titre à coucher dehors, « In a world full of butterflies, it takes balls to be a caterpillar… some thoughts on falling… » ( « Dans un monde plein de papillons, il faut du courage pour être une chenille … quelques pensées sur la chute ») et une base de travail violente (l’image d’un homme chutant des tours du World trade center). Pas facile d’imaginer ce qu’allaient nous réserver Elisabeth Bakambamba Twanbe et Éric Languet.

Le mois dernier, le danseur et chorégraphe réunionnais avouait lui aussi n’en savoir guère plus, tant le processus de création de la Sud-Africaine Robyn Orlin cassait pour reconstruire, pour casser à nouveau, et puiser toujours plus loin dans les tripes des danseurs. Tout juste Eric Languet livrait-il qu’elle l’amenait à montrer sur scène une facette de lui qu’il n’avait jamais osé livrer avec sa compagnie, Danses en l’R. De quoi titiller la curiosité. Et elle a été servie !

Elisabeth Bakambamba Twanbe espace des arts

Comment partager la tornade d’émotions sans trop en dévoiler, l’effet de surprise contribuant à cette alchimie déroutante ? J’ai vu des toiles de tente, une Grace Jones de trottoir, un surfeur, des pointes et un tutu, des papillons sexy, des chenilles croquantes, des fringues enveloppantes, du quasi-nu artistique, de la beauté, du burlesque… J’ai entendu de la révolte, du second degré amusé, de l’ironie, de l’auto-dérision, de la poésie. J’ai ri à gorge déployée (si, si, sur de la danse !), je me suis surprise à laisser filer, tels des messages subliminaux, les réflexions politico-sociétales qui surgissaient en moi, sans jamais délaisser le bonheur jubilatoire, quasi-enfantin, d’être transportée dans cet univers subtilement loufoque. J’ai cru ressentir à nouveau l’émoi du premier spectacle de cirque, enfant, du tout premier concert, ado. J’ai vu du spectacle cruellement vivant, profondément humain.

J’ai vu surtout des artistes qui prenaient des risques. Ego maîtrisé, Eric Languet version burlesque livre un intime touchant, un concentré d’humanité dans ce qu’elle peut avoir de contradictoire et dérisoire. On est bien peu de choses. Languet’ ton monmon* de putain d’artiste !

 

*Languette ton monmon : injure créole, « nique ta mère »

 

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isabellekichenin
Ancienne journaliste, consultante en communication culturelle, tricoteuse de mots. Ile de La Réunion
isabellekichenin

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  2 comments for “Languet’ ça !

  1. 16 novembre 2013 at 16 h 19 min

    superbe article

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